WHO MADE YOUR CLOTHES?


Vous savez ça fait déjà un moment que je réfléchis aux problématiques de mon mode de vie, en vérité de notre mode de vie à tous. Comme une parfaite Miss France je ne comprends pas par exemple que l'on fasse venir des fruits et des légumes de l'autre bout du monde, ou en tout cas de pays n'ayant pas même de normes écologiques similaires, alors que nos agriculteurs français en cultivent aux portes de nos villes, avons nous réellement tous perdu notre bon sens? Je ne comprends pas non plus que l'on utilise encore de la vraie fourrure dans l'industrie de la mode, non mais franchement ne pensez vous pas que cela date d'un autre siècle? Et après on ose dire que la mode est avant-gardiste ....

Et ce n'est malheureusement pas le seul problème que l'on peut rencontrer aujourd'hui derrière les étiquettes de nos vêtements. Cela fait un an que la catastrophe du Rana Plaza a bouleversé le monde entier, un an que 1133 ouvriers ont perdu la vie et que des milliers d'autres furent blessés dans l'effondrement d'une usine textile. Un an est passé et finalement rien n'a été vraiment fait pour améliorer les conditions de vie des personnes qui fabriquent les vêtements qui s'amoncèlent dans nos dressings. 

Je pense en effet qu'il est assez agréable que sur les blogs de mode nous puissions parler de la pluie et du beau temps, des nouvelles tendances qui nous rendent secrètement accro, du retour du style 90's, de l'abandon des épaulettes à la Grace Jones, de Donuts, Cronuts et de cure detox, il est agréable de vous offrir de belles photos dès que vous soulevez l'écran de votre Mac au petit matin mais il est aussi normal de parler des problèmes qui peuvent être rencontrés dans notre société de si belle sur-consommation. 

Il y a quelques semaines, au funeste anniversaire du Rana Plaza, l'émission Envoyé Spécial faisait un grand reportage sur ce qui se passe encore aujourd'hui au Bangladesh et au Cambodge dans les usines textiles travaillant pour toutes nos marques préférées, sur les salaires misérables que les employés reçoivent et sur l'environnement dangereux dans lequel ils travaillent par manque de mesure de sécurité. Aucun employé français ne pourrait accepter de travailler dans ce genre de condition. S'en est suivi un véritable "bad buzz" pour H&M quand une responsable de communication de la maison mère a envoyé par inadvertance un email débrief adressé à son chargé de com' français à un journaliste qui avait le même prénom.
Le contenu du mail ayant été relayé par le journaliste on découvre avec stupeur que la seule chose qui préoccupait la responsable de communication était si l'on ne parlait pas trop en mal d'H&M et s'il avait été bien mentionné que la marque suédoise, "interpellée" par les problèmes éthiques que rencontre cette industrie, avait lancé, en réponse et en première solution, ses lignes "conscious". La responsabilité d'H&M dans ce désastre n'a en effet pas été prouvé, même s'il a été dit que de nombreuses étiquettes de la marque avait été retrouvées dans les décombres.

Peu de temps après je suis allé, comme à mon habitude, faire un tour dans une de leurs boutiques, oui parce qu'avec un budget de jeune diplômé - en recherche de premier emploi - travaillant comme vendeur en attendant si je veux m'habiller il faut tout de même regarder les prix. Après quelques bonnes trouvailles mises sous le coude, je suis tombé sur un joli costume en lin beige pour homme au dessus duquel trônait un écriteau "100% lin naturel" sur un beau fond vert. Et puis quand j'ai ouvert la veste et regardé l'étiquette par curiosité ... "Made In Bangladesh". Autant vous dire que j'ai reposé mes affaires et je suis rentré chez moi assez perplexe. 

Je me suis alors lancé dans une grande analyse de mon armoire, une de ces étranges investigations spéléologiques dans lesquelles je m'aventure chaque saison, mais cette fois ci sous un autre angle, ou devrais je dire dans un autre sens. J'ai fait le grand inventaire de tous mes vêtements, par famille, par marque, avec l'endroit où ils ont été fabriqués. Le constat est assez alarmant. Sur 118 pulls, sweat-shirts, cardigans, chemises, t-shirts, vestes, shorts et pantalons, 26 n'avaient plus d'étiquettes ... mais n'ont assurément pas été fabriqués en France, 17 ont été fait en Turquie, 14 au Bangladesh, 13 au Portugal, 13 autre en Chine, 4 en Roumanie, 4 autre en Tunisie, 4 enfin en Egypte, 3 en Italie, 3 autre aux USA, 3 au Maroc, 2 en Inde, 2 au Cambodge, 2 en Côte d'Ivoire, 2 en Hongrie, puis 1 en Bulgarie, 1 au Vietnam, 1 en Albanie, 1 au Pakistan, 1 en Espagne. 

Dans mon armoire il y a seulement 2 vêtements Made In France, une veste bomber col smoking Anne Valérie Hash et une chemise Hast. Seulement 2 vêtements français sur 118! Et encore je ne me suis pas attaqué aux chaussures, sacs et accessoires ... Je me demande bien ce qu'il en est des dressing des blogueuses mode, une d'elles a déjà osé faire ce genre d'expérience? 

Le 24 avril dernier The Fashion Revolution Day lançait une initiative "coup de poing" où les gens étaient encouragés à publier sur les réseaux sociaux des selfies avec leurs tenues à l'envers pour dévoiler les étiquettes et faire prendre conscience à tous de l'origine des vêtements qu'ils portent chaque jour. Ce 24 avril dernier se tenait aussi le Fashion Summit à Copenhague. Maud Gabrielson a publié un article dans les pages Grazia nous racontant ce qu'il se passait derrière les portes de l'opéra où se tenait ce sommet de la mode éthique et durable. Je trouve d'ailleurs dommage que Grazia n'ait donné que deux pages à Gabrielson alors qu'elle avait surement beaucoup plus à nous faire partager. Pendant le sommet on a bien compris que les discussions étaient très animées, on retient d'ailleurs le passage où Livia Firth, fondatrice du cabinet de conseils Eco Age (et épouse de Colin Firth ... Mon dieu que ce couple est au top!) interpelle la chef de la section développement durable d'H&M "Avez vous besoin de proposez tant de collections par an? Vous allez me dire que c'est à cause du consommateur, qu'il en veut toujours plus. Mes enfants me réclament des bonbons tous les jours, ce n'est pas pour autant que je leur en donne!", bonjour l'ambiance.


D'un côté elle n'a pas tort. Hier je triais mes magazines dont les piles commençaient à dépasser ma table basse, et en arrachant ici et là quelques pages qui m'intéressaient, comme une ménagère accro aux réductions des 3 Suisses, je suis tombé sur une pub BA&SH dans Vogue, où à côté d'une blonde californienne mi chic mi hippie qui prenait le soleil devant de grandes feuilles de palmiers, était écrit "Mais non, cette chemise blanche n'a rien à voir avec celle que j'ai déjà" ... Alors oui c'est exactement le type de phrase un peu con con que l'on répète tous les jours, comme "J'ai vraiment plus rien à me mettre" alors qu'on lutte chaque jour pour fermer la porte de son armoire. Mais honnêtement la petite blonde californienne qui se rapproche au plus près de la nature et de la mer ferait un peu tache au milieu de ses amis surfeurs en lâchant une phrase comme ça. Et nous dans tous ça? Ceux sont des phrases vraiment habituelles dans notre quotidien, mais avons nous réellement besoin de cette énième chemise blanche? Ne devrions nous pas plutôt penser à la qualité de ce que l'on achète plutôt qu'à faire du shopping sans réfléchir?

Je ne sais pas si vous avez vu le documentaire de Benjamin Carle diffusé sur Canal + sur son année 100% Made In France, où il nous rappelle que notre ministre de l'économie Arnaud Montebourg voyait nos achats comme pouvant être un acte citoyen. Dans ce reportage Benjamin Carle a pris ce discours à la lettre et a pris conscience qu'il participait à la sauvegarde de milliers d'emplois français quand il se tournait vers des produits locaux et made in France. Vous verrez bien lors de ces 180 minutes très intéressantes que l'expérience n'est pas si facile car en effet les offres que l'on nous propose sont assez réduites. S'agissant de l'habillement n'en parlons pas, les marques françaises qui produisent en France sont extrêmement rares. Benjamin Carle s'est tourné vers la marque Bleu de Paname, le style est super mais parlons des prix, pour 2 pantalons, 1 short, 2 T-shirts, 1 chemise, 1 sweat, 1 doudoune et 1 manteau le journaliste a dépensé 900 euros, soit environs le double de chez H&M. Pareil pour la marque Ekyog, dont la responsable marketing et communication, Sabrina Cherubini, est la tête des acteurs français du Fashion Revolution Day, les prix avoisinent plus ceux de Sandro que de Zara.

Alors oui la vie est malheureusement faite de choix douloureux, pour notre carte bancaire surtout. La question n'est pas de savoir s'il l'on doit un jour ou l'autre se reprendre en main et se questionner sérieusement sur notre mode de consommation, mais plutôt de savoir comment changer, car comme pour l'agro-alimentaire, la question du passage au bio chez les consommateurs est surtout une énorme question de prix et de pouvoir d'achat. La motivation est déjà là chez beaucoup de gens comme moi, alors je vais continuer mes quelques recherches sur la mode masculine véritablement française et si possible éthique car je pense réellement que le sujet est à prendre à bras le corps, mais que l'on soit bien tous d'accord ... Il n'est pas question que je ressemble un jour à ÇA :

5 commentaires:

  1. Une réflexion vraiment intéressante !

    Estelle, lamodeestunjeu.fr

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  2. Bon courage pour tes recherches pour du made in France chic :) . Je te recopie un lien que j'avais noté vers un article intéressant de Slate qui liste des marques qui fabriquent en France : http://www.slate.fr/story/84653/petit-abecedaire-du-made-france-chic

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  3. @Estelle @ApollineR Merci beaucoup! Je vais de ce pas regarder cet article sur Slate!

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  4. J'aime beaucoup la chute. J'avais survolé et je me demandais si tu allais nous conseiller de nous habiller comme les types en bas! J'ai eu peur. (Ismaël@saintjamesfabriquéenfrance)

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  5. @Brouckailler Non non ne t'inquiète pas ah ah JAMAIS je ne conseillerais à personne de s'habiller comme de petits lutins des bois

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